7 juin 2021
On n’aurait pas dû ! 
C’est pourtant très courant de se castagner entre frangins, mais quand on commence à faire la taille d’un gros poulet et que le nid est tout en haut de l’arbre…
Mais tout est de la faute de mon frère ! C’est lui qui s’est mis à me taper sur la tête comme un fou furieux ! J’avais beau crier et lui mettre des volées d’ailes dans les mandibules, il continuait à me fracasser le crâne à grands coups de bec. « Arrête ça saigne et j’ai super mal !».
 
Et c’est là qu’on n’a pas bien compris : le nid a calanché et on a dégringolé cul par- dessus tête en se cognant aux branches et badaboum, ouille, ouille, ouille, on s’est retrouvés par terre avec le nid.
« Aïe, aïe, aïe ! j’ai trop mal ! Ma tête, ma patte ! Môman !!!» Mais maman n’est pas là et papa non plus. On reste là sans bouger, mon frérot fait moins le malin et moi je souffre. On a peur.
Pourtant on ne devrait pas, on est des autours, pas des volatiles de basse-cour, ni ces patapoufs de vautours ! On est des prédateurs, des chasseurs, des traqueurs sans peur ! «Môman !!!?…»
Le temps passe. On a faim, on tremble et j’ai tellement mal.
 
Et puis quelque chose se produit : des jambes, des pieds, des mains, des mains qui nous attrapent et nous embarquent.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvés au centre de soins de Languidic.
On a soigné ma pauvre tête chauve et ensanglantée, ma patte fracturée et on nous a donné à manger.
Au début les soigneurs n’ont pas osé nous mettre ensemble mon frère et moi de crainte que le crêpage de chignons reprenne et puis, comme on était calmes, ils ont fini par nous rassembler. Mais on avait compris hein ! On n’avait plus envie de faire les marioles.
 
Les semaines ont passé. Ma tête a cicatrisé, ma fracture s’est consolidée. Nous avons grandi, nos plumes ont poussé et nous nous sommes retrouvés en volière.
Mais la volière ça va un moment. On est des autours ! On veut de l’espace, on veut le ciel, on veut en découdre !
 
8 août 2021
On nous attaque !
Avec un haveneau on essaie de nous attraper mais on ne se laisse pas faire hein ! On riposte, on feinte, on esquive, on n’est pas balourds, on est des autours !…
Mais rebelote, on se retrouve à nouveau dans des cartons. On nous emmène en voiture, c’est long, au moins une heure.
Et puis ça s’arrête. On sent qu’on nous déplace et qu’on nous pose par terre. Les cartons s’ouvrent. ??? … !!! Le ciel ! Les arbres ! Plus de limite en face de nous ?
 
Ouaahh ! … Allez mon frère on s’élance, on s’envole ! On tourne, on vire, le monde est à nous !
Mais ! … Non mais, on nous attaque encore ?! Les corneilles ! Non mais oh !
Mais on les connaît ces corneilles, tu te rappelles frérot ? C’étaient elles qui venaient nous embêter quand on était petits dans le nid, je les reconnais !
Allez, à l’assaut ! Sus à l’ennemi, planquez-vous les volatiles, c’est nous les seigneurs ici, on est les autours !!!…
 
Ce beau sauvetage a été rendu possible grâce au dévouement des bénévoles du centre de soins.

Autours des palombes n° 631 et n°632
 
Crédits photos : @Thierry Creux